Remise des insignes de Chevalier de l'Ordre National du Mérite le 24 janvier 2011
Je suis heureux et honoré de remettre aujourd'hui les insignes de chevalier de l'Ordre National du Mérite à deux de nos concitoyens du département qui ont bien mérité de la patrie.
La galanterie - on dit de nos jours qu'il s'agit d'une survivance d'un autre âge mais elle a au moins le mérite de faciliter les choix arbitraires - m'oblige, et si vous me le permettez, Monsieur FORTUNEL, de rendre en premier lieu hommage à S½ur Nicole MAGOT.
D'autres que moi seraient sans doute plus qualifiés pour y procéder. Je ne suis ici que le porte-parole de notre petite assemblée.
Ma S½ur, Madame MAGOT, cette petite cérémonie que vous avez souhaité discrète en y conviant quelques uns de vos proches que je salue très cordialement, est avant tout l'occasion de vous témoigner la reconnaissance de la République pour votre engagement au service de nos concitoyens les plus fragiles.
Le simple récit de votre parcours - je ne serai ni trop long ni trop lyrique, rassurez-vous car il se passe de commentaires superflus tant il présente un caractère exemplaire - permet de mettre en lumière les convictions profondément humanistes que vous avez portées tout au long de votre vie.
Vous êtes née le 21 septembre 1941 à CHATEAURENARD, situé entre les Alpilles et la Durance, au c½ur de la Provence. C'est avec la chaleur et l'enthousiasme qui caractérisent les populations de cette belle région de notre pays que vous gagnez le Tarn-et-Garonne en 1964. A travers votre engagement religieux, vous décidez alors de consacrer votre vie à la prière et au service de votre prochain, en rejoignant la Congrégation de la Miséricorde de MOISSAC.
Cependant, vous n'avez pas seulement conçu vos v½ux comme une méditation contemplative mais également et peut-être surtout comme une ouverture aux autres, une ouverture à la Cité.
En effet, vous embrassez dès 1968 l'enseignement primaire dans une école de MOISSAC puis vous prenez la charge de l'aumônerie scolaire entre 1976 et 1981. De cette époque significative de votre vie, vous avez hérité cette passion de témoigner et de transmettre.
En 1982, vous fondez avec des compagnons de route le premier centre d'hébergement du département destiné à accueillir des femmes en grande difficulté, seules ou avec enfants, victimes de violences. Vous le baptisez symboliquement " Espace et vie ", donnant ainsi aux victimes de violences conjugales un espace où se reconstruire, un espace pour vivre dans la fraternité tout simplement. Forte de cette réussite, vous créez par la suite une association en 1983 avec la volonté affichée d'organiser la mise en place de nouvelles structures destinées à l'accueil, à la formation et à l'insertion sociale et professionnelle des publics en difficulté.
Votre engagement en faveur des personnes les plus en difficultés a été très justement reconnu par les pouvoirs publics. Une double habilitation vous a été délivrée par l'Etat : celle de service d'accueil mères/ enfants et celle de centre d'hébergement et de réinsertion sociale.
Vos mérites, cependant, ne s'arrêtent pas aux frontières du département de Tarn-et-Garonne ni à celles de notre beau pays. L'essai réussi de MOISSAC, vous avez voulu le transformer en Espagne, d'abord, et en Afrique, ensuite. D'une certaine façon, ma S½ur, au-delà de votre engagement personnel et du témoignage de votre foi, ce sont les valeurs de notre pays que vous avez portées en dehors du territoire national, le respect des autres, la liberté et la responsabilité, la fraternité.
En 1992, vous créez une association identique à VITORIA, au Pays Basque espagnol, que vous baptisez " Espacio y vida " parce que les souffrances, elles, n'ont pas de frontières.
En 2000, vous quittez le continent européen pour vous installer en Afrique, tout d'abord au Burundi, où vous fondez un orphelinat baptisé " Maison de l'Espoir ", puis au Burkina Faso, où vous reproduisez l'expérience réussie de MOISSAC et de VITORIA.
A l'appel de deux religieux du Burkina Faso, vous vous rendez dans un petit village où la condition féminine est régie par des pratiques ancestrales. Loin de vous pourtant l'idée d'imposer des schémas de valeurs occidentaux en terre étrangère. Au contraire, vous allez réussir, grâce à la pédagogie et avec le soutien appuyé des populations locales, à créer un réseau associatif qui donnera progressivement naissance à des structures appréciées des habitants et contribuant à la régulation sociale : une salle polyvalente qui accueillera des cours d'alphabétisation, des ateliers de fabrication artisanale puis des lieux de vie pour les femmes victimes de violences. Je crois savoir que, de retour à MOISSAC, vous conservez des liens très étroits avec l'équipe locale que vous conseillez et appuyez avec beaucoup d'intelligence et de conviction.
C'est pour cet engagement au service de la collectivité, cette ouverture aux autres, cette solidarité à l'égard des plus vulnérables de nos concitoyens et de nos amis africains que vous avez bien mérité la reconnaissance que vous n'avez pourtant jamais recherchée.
On m'a dit que vous vous plaisiez à citer ces propos de SAINT-EXUPERY : " je n'aime pas que l'on abîme les hommes ". Cet maxime humaniste qui est le fondement de notre civilisation, vous vous l'êtes appropriée et vous en avez fait une philosophie dans l'action.
Ma S½ur, en vous remettant aujourd'hui cet insigne, c'est une façon de vous dire tout simplement merci pour votre courage, votre dévouement et l'ensemble des services que vous avez rendu avec beaucoup de générosité et une grande discrétion pendant plus de 40 ans.
C'est une façon de vous dire que ce vous avez semé a porté ses fruits, que votre pays est fier de vous car votre engagement lui fait honneur.
Ainsi, Nicole MAGOT, au nom du président de la République, nous vous faisons chevalier de l'Ordre National du Mérite.
Il me revient à présent de rendre un hommage appuyé à un autre de nos concitoyens dont les mérites éminents ont été reconnus par la République. Je veux parler de Monsieur Etienne FORTUNEL.
Monsieur FORTUNEL, vous êtes né à SAINT-PASTOUR, dans le département voisin de Lot-et-Garonne, en 1941, le 13 février exactement, ce qui fait de vous l'aîné de cette promotion dans l'Ordre National du Mérite pour le Tarn-et-Garonne.
Né dans une famille d'agriculteurs, vous êtes placé dès l'âge de neuf ans dans une ferme et, apprécié de vos employeurs, vous y serez embauché comme ouvrier agricole à l'âge de 14 ans.
Entre janvier 1961 et novembre 1962, vous effectuez votre service militaire en Algérie alors que les anciens départements français connaissent des moments parmi les plus douloureux de la guerre d'Algérie. Votre courage et votre dévouement vous vaudront d'être décoré de la Médaille militaire, de la Croix du Combattant, de la Médaille d'Afrique du Nord et de la Médaille commémorative des opérations de sécurité et de maintien de l'ordre - agrafe Algérie. Nous pouvons tous ici imaginer combien cette période a marqué votre vie et contribue à votre amour du service de la patrie.
Peu avant de quitter la métropole pour l'Algérie, vous obtenez avec brio l'examen d'entrée à la Société nationale des chemins de fer français. C'est au sein de cet établissement - emblématique du service public " à la française " - que vous effectuerez l'ensemble de votre carrière. La SNCF a très justement reconnu votre mérite et votre grand professionnalisme en vous décernant les médailles d'honneur (échelons Argent et Vermeil) et la reconnaissance des bienfaits avec Palme. Au cours de cette période et pendant l'exercice de vos fonctions, vous serez victime d'une lâche agression - elle vous marquera -, ce qui vous vaudra une citation à l'ordre régional de la SNCF.
Après 37 années de fidèles et loyaux services en tant qu'aiguilleur, vous ferez valoir vos droits à la retraite, en 1996. Votre hiérarchie comme vos collègues - dont certains sont aujourd'hui présents et je les salue très cordialement - savent combien vous avez été un agent exemplaire et combien votre engagement pour le service public force le respect de vos successeurs et des jeunes générations.
Parallèlement à vos activités professionnelles, vous avez toujours témoigné d'un intérêt profond pour les associations d'anciens combattants, étant vous-même un " ancien " de la guerre d'Algérie.
Depuis 1988, vous portez haut les couleurs de notre drapeau national, dans les cérémonies commémoratives communales mais aussi départementales, tout comme dans l'association de l'Ordre National du Mérite que vous rejoignez aujourd'hui très légitimement.
Je tiens à souligner toute l'importance que j'attache aux porte-drapeaux du département. C'est grâce à eux, Mesdames et Messieurs, que nos cérémonies patriotiques prennent toute leur signification dont la première est le rassemblement autour de notre emblême bleu, blanc, rouge, drapeau porteur de nos valeurs et nos idéaux.
Je sais combien, Monsieur FORTUNEL, vous êtes - comme moi et comme nous tous ici - attaché à ce drapeau.
Votre carrière exemplaire au sein d'un des plus grands services publics de notre pays et votre engagement sans faille au service de notre pays vous honorent et constituent un exemple à suivre.
Ainsi, Etienne FORTUNEL, au nom du président de la République, nous vous faisons chevalier de l'Ordre National du Mérite.