Naissance du département de Tarn-et-Garonne
Si le Tarn-et-Garonne ne possède guère d'unité sur le plan historique ou géographique, il le doit aux circonstances mêmes de sa naissance, dix huit années après celle des autres départements français.
LA GÉNÉRALITÉ DE MONTAUBAN, UNE CRÉATION DE RICHELIEU
Le 20 août 1627, au lendemain de la prise de la Rochelle, Montauban, la place de sûreté protestante, l'insoumise qui six ans plus tôt avait résisté vaillamment aux armées de Louis XIII, Montauban ouvrait ses portes au cardinal de Richelieu. Une page de l'histoire de la ville se tournait.
Soucieux de rallier à la cause royale d'anciens rebelles, Richelieu, par l'édit de 1635, faisait de Montauban le chef lieu d'une généralité, principale division territoriale de la France d' Ancien Régime. Bientôt arrivait l'intendant général de la Marguerite, le premier de ces vingt huit représentants du pouvoir central qui se sont succédés ici jusqu'à la Révolution, et dont on connaît tout l'intérêt qu'ils portèrent aux questions économiques, aux travaux publics, à l'urbanisme. Certes, en 1716, la généralité de Montauban, est amputée par la création de celle d'Auch, mais la ville reste à la tête des provinces du Rouergue et du Quercy, c'est à dire de l'Aveyron, du Lot et d'une partie du Tarn-et-Garonne actuels.
En 1663, Louis XIV amplifie cette fonction de capitale régionale par le transfert depuis Cahors du tribunal de la Cour des Aides, une juridiction fiscale. A côté du commerce stimulé par l'ouverture des grandes routes royales et la navigation sur le Tarn, l'activité industrielle, textile surtout, se développe. En 1789, Montauban, troisième ville du Sud-Ouest, compte environ 28 000 habitants, soit plus de la moitié de la population de Toulouse.
LE TARN-ET-GARONNE, UNE CRÉATION DE NAPOLÉON 1ER
La révolution devait apporter aux Montalbanais une bien cruelle déconvenue. En 1790, lorsqu'ils eurent à dessiner les nouveaux départements et leur attribuer une capitale, les députés de l'Assemblée Constituante se contentèrent de scinder l'ancienne généralité de Montauban en deux, Rouergue et Quercy, en changeant seulement le nom, pour créer l'Aveyron et le Lot. A la tête de ce dernier, on préféra finalement Cahors à Montauban qui occupait une place trop excentrée. Voici donc la ville amenée au rang de chef-lieu de district, puis de sous-préfecture du Lot, sur le même pied que de simples bourgades comme Lauzerte ou Martel.
Il faudra attendre le passage de Napoléon dans la région, entre deux séjours en Espagne, pour mettre fin à cette situation préjudiciable. Déjà en juin 1806, une délégation de Montalbanais dirigée par le maire, Vialètes de Mortarieu, avait été reçue par l'empereur à Saint-Cloud. Celui-ci avait écouté leur requête et promis de s'arrêter dans leur ville dès que l'occasion se présenterait. Deux ans plus tard effectivement, venu de Toulouse en compagnie de Joséphine, Napoléon passe la plus grande partie de la journée du 29 juillet 1808 à Montauban. Visitant la ville à cheval, il reçoit partout un accueil triomphal. Et il veut bien déclarer, à son départ : "Je suis satisfait de l'amour que m'ont témoigné mes fidèles sujets de ma bonne ville de Montauban. J'ai vu avec peine les pertes qu'elle a éprouvées. Je la rétablirai dans ses droits . Vous pouvez la regarder comme chef-lieu de département et je la mettrai au rang des principales villes de mon Empire."
L'empereur tînt parole. Le décret impérial signé au camp de Burgos en Espagne, le 21 novembre 1808, organisait le nouveau département, créé aux dépens de ses voisins, le Lot surtout, mais aussi l'Aveyron, la Haute-Garonne, le Gers et le Lot-et-Garonne. Avec 3 730 km², il était le plus petit des départements français après celui de la Seine.
Il comptait 228 330 habitants en 1810. Le premier préfet, le baron Lepelletier d'Aunay, âgé de vingt six ans, s'installa tout naturellement dans l'Hôtel des Intendants, l'ancienne Préfecture d'aujourd'hui.
Cent quatre vingt douze ans après, ce département de Tarn-et-Garonne, fait de morceaux épars de Quercy, de Rouergue, de Languedoc et de Gascogne, est parvenu à une incontestable unité autour de Montauban. On s'aperçoit que le bon vouloir du prince a toujours joué ici un rôle essentiel. Deux hommes d'État, et non des moindres, Richelieu et Napoléon, ont pesé de manière décisive sur les destinées du département et de son chef lieu, né lui-même de la volonté du comte de Toulouse Alphonse Jourdain, en 1144.